Reportage - Vietnam - Hanoï

Retour au voyage

Hanoï s'éveille...

Vietnam - Hanoï - Hanoï s'éveille...

Il est tôt. La ville est couverte par un léger voile qui annonce déjà la torpeur à venir, le soleil peine à traverser ce voile, mais il est bien là. Je prends le temps de m’asseoir sur l'un des nombreux bancs au bord du lac. Un peu plus loin, un groupe de danseurs de flamenco semble s’être trompé de siècle. La ville se dessine derrière ces poupées étranges et commence à s'animer et à dévoiler sa beauté. Ici, tout commence par une partie de badminton, une séance de tai chi au bord du lac endormi, ou encore une chorégraphie bien réglée au son d'une boom-box des années 1980.

D'une rive à l'autre... mon expérience initiatique

Vietnam - Hanoï - D'une rive à l'autre... mon expérience initiatique

Une fois la matinée lancée, le soleil recouvre lentement Hanoï et la ville sort de sa torpeur, réveillée par le ballet incessant des deux roues. Hanoï l'endormie devient une véritable ruche avec ses milliers de motos et scooters qui virevoltent dans tous les sens, électrons libre de la modernité. Rejoindre la vieille ville depuis le lac implique de traverser d'immenses artères, territoires de chasse de ces nuées bruyantes... J'attends et j'observe, anthropologue moderne, mais surtout étranger intimidé... Après avoir regardé de près la technique des locaux, je me lance. Un pas. Un autre. Je ferme à demi les yeux et me crispe en avançant à un rythme constant à travers cette déferlante qui, comme de l'eau sur un rocher, me frôle et coule autour de moi. Enfin, je touche du bout du pied l'autre rive, vivant et content d'avoir survécu à cette expérience initiatique.

Halte là !

Vietnam - Hanoï - Halte là !

Remis de ma folle traversée, je m'aventure dans la vielle ville, je lève les yeux et prête attention aux immeubles qui m'entourent. Est-ce le décalage horaire ? Suis-je en France ?! Ici une maison du Pays basque, là une maison bretonne, plus loin une maison normande. Je reconnais les toits, les volets, les poutres, les jardins... tout est là, comme préservé dans une bulle. La maison de mon enfance à Bayonne pourrait être ici elle aussi, je n'en serais pas surpris. Les couleurs sont plus chaudes, avec des jaunes délavés et des verts qui virent au pomme tellement la mousson a rincé les pigments, mais l'architecture est sans équivoque. Oui, maintenant j'en suis persuadé, je suis en France. Je retrouve avec étonnement les long couloirs d’entrée et leurs sols carrelés de faïences importées directement de France. J'imagine facilement cette vie du début du siècle précédent, où des colons français essayaient autant que possible de recréer l'univers qu'ils avaient laissé en France en montant à bord d'un bateau des Messageries Maritimes parti de Marseille pour gagner les colonies. Je déambule, je passe la tête dans les couloirs. Un chien garde jalousement ces passages vers ma mémoire, impossible de pousser plus avant...

Une échoppe typique

Vietnam - Hanoï - Une échoppe typique

Si la culture française est bien là, elle a été complètement intégrée à la culture vietnamienne. Devant ces maisons tout droit sorties de nos terroirs, se trouvent de petites échoppes on ne peut plus locales, où de sympathiques marchands proposent leurs produits, venus agrémenter un mode de vie "à la française" et le sublimer de plantes parfumées, de fruits et de légumes exotiques.

Le paradis des foodies

Vietnam - Hanoï - Le paradis des foodies

L'heure du déjeuner arrive. J'ai traversé la ville d'un bout à l'autre, combien de kilomètres ? Le temps, la distance, peu importe, mais mon estomac semble moins enclin à la contemplation et Hanoï est un paradis pour les foodies, alors... La première tentation est de manger dans un de ces restaurants qui ont pignon sur rue. C'est l'idée la plus sensée, mais je sais qu'avec ce choix je manquerai tout l’intérêt de la ville. Les petites boutiques à chaque coin de rue sont autant d'options incroyables pour manger. Bien sûr, il faut commencer par le phở ; chaque échoppe a sa spécialité. Je m’arrête et prends place sur une de ces chaises pour enfants rouge vif. Le risque d'intoxication alimentaire existe, mais n'est pas aussi élevé qu'on le pense. Une grande partie de la nourriture est cuite et même bouillie, tous les ingrédients sont frais du matin et ces denrées ne seront plus là à la nuit tombée. Je me régale. Le phở est parfait, l'odeur de la coriandre et des autres plantes sont bien présents dans le goût du plat.

Chronique d'une vie ordinaire

Vietnam - Hanoï - Chronique d'une vie ordinaire

Hanoï est une ville faite pour se perdre et propice à la contemplation. Bien sûr, il faut visiter les grands sites emblématiques, mais dans les rues étroites de la vielle ville, hors des sentiers battus touristiques, chaque pas est l'occasion d'un émerveillement et les gens sont gentils et accueillants. Des sourires, des regards étonnés, je vois de tout et mon appareil photo en main, je capte, discrètement souvent, ouvertement parfois, cette vie qui suit tranquillement son cours.

Une cité empreinte d'histoire

Vietnam - Hanoï - Une cité empreinte d'histoire

Aux murs, vestiges d'une époque de plus en plus dépassée, pendent des affiches au style soviétique, rappelant à celui qui l'oublierait que le Vietnam est un pays communiste. L’oncle Ho est bien là, dans son mausolée. Il rappelle à tout un chacun quel combat ce fut de se débarrasser des Français puis des Américains... Un peu plus loin, un avion MIG trône fièrement en mémoire de ces combats, tout près de la rue Dien Bien Phu aux maisons françaises.

Métier ancien

Vietnam - Hanoï - Métier ancien

A chaque coin de rue, une petite échoppe, quelques verres, deux bouteilles d'alcool ou une spécialité locale, et une entreprise est née. La ville regorge de ces petits métiers de rue qui permettent à tout un chacun de subsister, tout en entretenant le mode de vie local. Des métiers à jamais disparu chez nous. Un scribe écrivant une lettre de félicitations pour un mariage, un graveur de plaques d'immatriculations, un rémouleur qui travaille sur le bord de la route et bien sûr, encore et toujours, ces restaurants familiaux.

Au revoir et à bientôt

Vietnam - Hanoï - Au revoir et à bientôt

Je reprends mes pérégrinations à travers la ville. C'est la sortie des classes, un coiffeur officie en pleine rue, tandis que les écoliers se précipitent hors de l’école pour rejoindre les scooters de leur parents, parqués dans une minuscule allée où les pots d’échappements manquent de peu d'avoir ma peau. On sent le soir arriver même s'il n'est que 17h. Les gens sortent du travail et se pressent à nouveau dans les cafés et les restaurants. Ici, la vie est dans la rue et les gens se parlent. Assis sur de petites chaises en plastique des travailleurs éclatent de rire, d'autres jouent aux cartes ou regardent simplement la vie qui passe devant eux. Il est bientôt 19h, la nuit enveloppe Hanoï et son pont rouge vif près du lac, vers lequel je retourne en prenant mon temps. Quelques amoureux se promènent bras dessus bras dessous. La ville ralentit pour la nuit, en attendant que demain le ballet des deux roues emporte à nouveau tout sur son passage et que tout soit à nouveau à refaire...

Portrait de l'artiste

Vietnam - Hanoï - Portrait de l'artiste

Photographe français, Patrick de Talancé vit et travaille à Hong-Kong. Ses photos sont l'expression savoureuse du temps, du ici et du maintenant, un pied de nez aux clichés de voyage pris dans la précipitation comme autant de trophées à rapporter. Alors que l’incompréhension de l’Autre induit parfois intolérance et violence, son travail reflète respect et tendresse pour ceux qui vivent ailleurs et autrement.

Né en France en 1973, Patrick de Talancé a d'abord sillonné le globe avec ses parents au rythme des affectations professionnelles de son père. La découverte et la confrontation avec différents continents dans sa jeunesse (l'Amérique, l'Asie et l'Europe), lui ont offert la possibilité d'explorer des cultures variées et d'extraire peu à peu la quintessence de ce qu'il percevait des lieux et des personnes croisées. Il a ainsi développé un intérêt singulier pour la photographie de voyage et pour le portrait.

Lorsqu'il revient à Hong Kong en 2008, Patrick de Talancé décide de fixer ce qu'il perçoit de l’Asie, ce continent en constante évolution. Après cinq années d'immersion, il ressent le besoin de partager son regard photographique, son plaisir, sa curiosité et l'étonnement éprouvé au fil de ses rencontres.

Ses photos invitent le public à prendre le temps de contempler et d'apprécier le monde comme il va : une plongée au-delà des clichés et des attractions touristiques. Une vision singulière du monde et des personnes qui nous entourent. 
Sa façon à lui de nous faire « voir le monde pas comme tout le monde ».

Plus d’infos sur l’artiste et son travail sur son site www.pdtphotography.com


> Découvrez nos reportages photos sur la Birmanie et l'Iran : Tous les Reportages photos

Ce reportage vous a plu ?
Découvrez le programme qui l’a inspiré